Articles

Danses populaires, danses latines : une esquisse historique (extrait)

Date: juin 12, 2015 Publié par: Fito

Les danses voyagent d'un continent à l'autre, s'enrichissant de sons, de rythmes, des gestes empruntés aux peuples qui les traversent. Du XVIIIe au XXe siècle, les danses dites "latines" se sont forgé une histoire faite de recompositions et de métissages, de l'Afrique aux Amériques et à l'Europe. Une histoire où se croisent les croyance et les lumières, le tambour et le violon, le bal et le salon.

Le Magie du mouchoir est encore en action à Lima, ponctuant les figures des marineras qui font frémir les planches des coliseos, ces chapiteaux populaires où résonnent les guitares et les percussions.

clave

Les instruments sont des plus simples : des caisses de bière peuvent faire l'affaire et, surtout, des mâchoires d'âne, que l'on fait claquer selon rythme. Comment oublier cette gaieté ? La seule chose qui compte c'est danser pour s'amuser, pour être ensemble et pour se donner l'illusion d'aimer, "qué rica la marinera, cuando se sabe bailar", (comme elle est bonne la marinera quand on sait la danser). On ne danse pas enlacés mais le mouchoir et les hanches rapprochent.
"A resbalarse", (laissons-nous glisser), cette injonction annonce la seconde partie, plus agitée, plus frénétique, comme dans les cuecas. Ailleurs, dans les lieux plus discrets, on se laisse emporter par le rythme des rumbas révolutionnaires des barbus castristes, qui dénoncent les spéculations immobilières en ponctuant le message de "toma cadera" (prends de la hanche).

Il y aura aussi, au fil des années, la bossa nova, la raspa mexicaine, la cumparsita, la cumbia, et la salsa de Santana et la marketa de New York, faisant irruption dans des milieux divers sans jamais détrôner le bolero. Qu'importe que ces musiques soient extraites de leur contexte national, puis qu'elles soient replongées dans leur matrice originelle, pour renaître autrement.

Les danses propres à chaque pays sont devenues "latines". Les danses de l'Amérique latine sont le produit d'influences multiples : les rythmes africains qui libèrent le corps et le bassin, les parades carnavalesques comme les congas et les marchanhas, les contredanses européennes et la valse qui requiert des couples enlacés. Toutes ne sont pas métissées à la même vitesse. Les marineras ne sortirent pas de la côte péruvienne mais s'imprégnèrent des huaynos de la cordillère des Andes. D'autres circulèrent en Espagne, en Italie et en France. Les Etats-Unis les diffusèrent à leur tour, les adaptant aux big bands, le jazz imprégna les traditions hispaniques, le rock bouleversa tout le paysage musical.

Aujourd'hui, la techno à son tour retravaille les sons latins. L'histoire passionnante de l'origine et du développement des danses latino-américaines reste à faire. Bornons-nous à esquisser quelques mouvements qui ont transformé les rythmes plébéins des temps coloniaux en musique emblématique de la latinidad, c'est-à-dire de l'autre Amérique.

Source : "Danses latines : le désir des continents" Dodier-Apprill, Elisabeth. Paris : Auterment, 2001.365 p.